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 [Histoire Courte 2] Quand on a l'amour

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Stephen L. Warner
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MessageSujet: [Histoire Courte 2] Quand on a l'amour   Sam 24 Oct - 23:03

Quand on a que l'Amour



 En l'an 1939, à deux heures et demie du matin, le gardien du cimetière d'Arlington, une petite bourgade du Nord de l'Angleterre, qui habitait une petite cabane au bout du champ des morts, fut réveillé par les aboiement de son chien enfermé dans le salon.

Le cimetière d'Arlington:
 

Il descendit aussitôt et vit que l'animal flairait sous la porte en aboyant, comme si quelque voleur eût rôdé autour de la cabane. Le gardien Will Bardey prit alors son fusil et sortit avec précaution.
Son chien partit en courant dans la direction de l'allée vers le cimetière et s'arrêta net auprès du monument au mort d'un notable du village.
Le gardien, avançant alors avec précaution, aperçut bientôt une petite lumière du côté de l'allée du petit cimetière. Il se glissa entre les tombes et fut témoin d'un acte horrible de profanation.
Un homme avait déterré le cadavre d'une jeune femme ensevelie la veille, et il le tirait hors de la tombe.
Une petite lanterne, posée sur un tas de terre, éclairait cette scène hideuse.
Le gardien, s'étant élancé sur ce misérable, l'immobilisa, lui lia les mains et le conduisit à la tour de la milice.
C'était un jeune avocat du village, plutôt riche, bien vu, du nom de Bartholomew Peterson.
   

   Il fut jugé. La haute cour d'Arlington rappela les actes monstrueux de cet homme et souleva l'auditoire.
La salle d'audience:
 
Des frissons d'indignation passaient dans la foule. Quand le magistrat s'assit, des cris éclatèrent: "A mort! A mort!" Le Sir Warner, qui présidait le procès, eut grande peine à faire rétablir le silence.
 Puis il prononça d'un ton grave:
   "Prévenu qu'avez-vous à dire pour votre défense?"
 
Bartholomew, qui n'avait point voulu d'avocat, se leva. C'était un beau garçon, grand, brun, avec un visage ouvert.
Des insultes fusèrent du public.
Il ne se troubla pas, et se mit à parler d'une voix un peu basse d'abord, mais qui prit de l'assurance peu à peu.

"Monsieur le président, Messieurs les jurés,
J'ai très peu de choses à dire. La femme dont j'ai violé la tombe avait été mon amante. Je l'aimais.
Je l'aimais, non point d'un amour sensuel, non point d'une simple tendresse , mais d'un amour absolu, complet, d'une passion sans limite.
Margery:
 
Quand je l'ai rencontrée pour la première fois, j'ai ressenti, en la voyant, une étrange sensation. Ce ne fut point de l'admiration, ni de la surprise, ce n'était pas non plus le coup de foudre, mais un sentiment d'harmonie dans mon corps, comme si on m'eût fait le plus doux des massages. Ses gestes me séduisaient, sa voix me ravissait, toute sa personne me remplissait de bonheur.
Il me semblait aussi que je la connaissais depuis longtemps, que je l'avais vue déjà. Elle portait en elle quelque chose de mes souvenirs.
Quand je la connus un peu plus, la seule pensée de la revoir m'agitait d'un tourment délicieux; le contact de sa main dans ma main était pour moi un véritable plaisir que je n'en avais point imaginé de semblable auparavant, son sourire me versait dans les yeux une ivresse folle, me donnait envie de courir, de danser, de me rouler par terre.
Elle devint donc ma maîtresse.
Elle fut plus que cela, elle fut ma vie même. Je n'attendais plus rien sur la terre, je ne désirais rien, plus rien. Je n'enviais plus rien, et dieu sait si dans ce village perdu il y a des choses à désirer.
Or, un soir, comme nous étions allés nous promener un peu plus loin le long de la forêt de Northwood, près du manoir des Warner, la pluie nous surprit. Elle eut froid.
Bartholomew et Margery:
 
Le lendemain une pneumonie se déclara. Une semaine plus tard elle laissait son dernier souffle..
Pendant les heures d'agonie, l'étonnement, l'effarement m'empêchèrent de bien comprendre, de bien réfléchir.
Quand elle fut morte, un désarroi terrible se manifesta tellement que je ne pensais plus. Simplement, je pleurais
Pendant toutes les horribles phases de l'ensevelissement ma douleur sourde, furieuse, était encore une douleur de fou, une sorte de douleur physique.
Puis quand elle fut en terre, je repris mes esprits tout d'un coup et je passai par toute une suite de souffrances morales.
 
Alors entra en moi cette idée fixe: Je ne la reverrai plus jamais.
 
Quand on réfléchit à cela pendant un jour tout entier, une folie vous emporte! Pensez-y ! Un être est là, que vous adorez, un être à nul autre semblable car sur terre il n'en existe pas un autre. Cet être s'est donné corps et âme à vous, il crée avec vous cette union mystérieuse qu'on nomme l'Amour.
Cet être vous aime. Quand il vous parle, sa voix vous verse une sensation de bien être.
 Et tout d'un coup il n'est plus là ! Pensez-y ! Il disparaît non pas seulement pour vous, mais à jamais. Il est mort.
Comprenez-vous ce mot? plus jamais, nulle part ailleurs, cette personne n'existera plus.
Jamais ce regard ne se portera sur vous; jamais ce timbre de voix, parmi toutes les voix humaines, ne prononcera les mots qui faisaient d'elle ce qu'elle était.
Aucune figure poupone ne renaîtra semblable au sien. Jamais, jamais! Et pourtant il en naîtra des milliers d'hommes et de emmes, des millions, et bien plus encore, et parmi toutes les femmes à venir, jamais celle-là ne se retrouvera. Est-ce que vous le concevez ? On devient fou en y songeant!
 
Elle a existé vingt ans, pas plus, et elle a disparu à jamais ! Elle souriait, dansait, elle m'aimait. Plus rien. Et je pensais que son corps, son corps, son corps chaud, si doux, si cristallin, si beau, s'en allait en putréfaction dans le fond d'une boîte sous la terre.
Ne plus la revoir! Cette idée me hantait de ce corps décomposé, que je pourrais peut-être reconnaître pourtant. Et je voulus la regarder encore une fois!
  Je partis avec une bêche, une lanterne, un marteau en direction du cimetière de notre bonne vieille bourgade d'Arlington. Je sautai par-dessus le mur du cimetière. Je retrouvai l'emplacement de sa tombe; on ne l'avait pas encore tout à fait rebouché.
Je creusai. Je soulevai une planche. Une odeur abominable, l'odeur de la putréfactions me monta dans la figure.
 J'ouvris le cercueil cependant, et je plongeai dedans ma petite lanterne, et je la vis. Sa figure était bleue, bouffie, épouvantable! Un liquide noir avait coulé de sa bouche.
 Elle! c'était elle! Une horreur me saisit. Mais j'allongeai le bras et je pris ses cheveux pour attirer à moi cette face monstrueuse!
Le cadavre de Margery (âme sensible s'abstenir):
 
C'est alors qu'on m'arrêta.
Durant tout ce temps j'ai gardé, comme on garde le parfum d'une femme après lui avoir fait l'amour, l'odeur immonde de cette pourriture, l'odeur de ma tendre Margery!
Faites de moi ce que vous voudrez."
   
Un étrange silence paraissait peser sur la salle d'audience du petit village. On semblait attendre quelque chose encore. Le Sir Warner se retira pour aller délibérer.
Quand ils rentrèrent au bout de quelques minutes, l'accusé semblait sans craintes, et même sans pensée.
Le Sir Warner, avec les formules d'usage, lui annonça qu'on le déclaraient innocent.

Il ne fit pas un geste, et le village entier applaudit.



~Frishement votre.

Le titre fait réfèrence à cette merveilleuse chanson de Brel

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Puisque ces mystères me dépassent, feignons d'en être l'organisateur.
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